Shakira et le son d’un réveil mondial
- Anne Connor

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Par Anne Connor | The Sound Cafe

Crédit photo : Chris Cornejo.
Il y a des moments dans la musique où les chiffres cessent d’être de simples statistiques pour devenir quelque chose de tout autre, une sorte de battement de cœur culturel. La tournée mondiale Las Mujeres Ya No Lloran de Shakira vient de franchir ce seuil.
Avec Billboard confirmant cette tournée comme la plus lucrative de l’histoire pour un artiste hispanophone, Shakira ne se contente pas de battre des records, elle redessine la carte de ce que la musique latine représente sur les plus grandes scènes du monde.
Avec 421,6 millions de dollars de recettes à ce jour, répartis sur 82 concerts dans des stades aux États-Unis et en Amérique latine, et plus de 3,3 millions de spectateurs, cette tournée a dépassé le précédent record établi par la tournée de Luis Miguel (2023–2024). Mais réduire ce moment à de simples chiffres serait passer à côté de l’essentiel. Ce que nous vivons, c’est une artiste d’une génération qui reprend possession de son récit, de son pouvoir et de son public, dans sa langue, selon ses propres règles.
Pour Shakira, cette tournée n’est pas une simple tournée de célébration. C’est le son de la survie transformée en fête.
Après trois décennies dans une industrie qui a rarement facilité la tâche aux femmes, et en particulier aux femmes latinas, pour durer, évoluer et continuer à remplir des stades, ce moment est chargé d’une immense portée émotionnelle. De son propre aveu, Shakira ne le voit pas comme une conquête, mais comme une gratitude : envers les fans qui sont restés, envers la passion qui l’a portée à travers les épreuves, et envers le simple miracle d’être encore là, de créer encore, de continuer à remplir des arènes avec des chansons qui parlent de la vraie vie.
Et nulle part cela n’a été plus visible qu’à Mexico.
Sa résidence historique de 12 concerts (bientôt 13) à l’Estadio GNP Seguros, 65 000 fans par soir, 780 000 billets vendus, est bien plus qu’un exploit de tournée. C’est une déclaration de la profondeur avec laquelle sa musique est tissée dans le tissu émotionnel de l’Amérique latine. Pendant près de deux semaines, Shakira ne s’est pas contentée de jouer dans la ville, elle l’a littéralement envahie. Son album Las Mujeres Ya No Lloran est devenu la bande-son d’une catharsis collective, résonnant dans les rues, les taxis, les salons et les stades.
Voilà à quoi ressemble une véritable pertinence culturelle quand elle n’est pas fabriquée, mais méritée.
L’album lui-même, dont le titre peut se traduire librement par Les femmes ne pleurent plus, est devenu l’une des œuvres les plus marquantes de sa carrière. Disque profondément personnel, façonné par la résilience, le chagrin et la renaissance, il a été certifié 7x Platine, est devenu l’album le plus écouté de 2024 dans ses premières 24 heures, et a remporté le GRAMMY® du Meilleur album latin. Mais au-delà des prix, sa véritable force réside dans la façon dont il touche les gens. Il s’adresse directement aux femmes à qui l’on a dit de se faire petites, de se taire, d’avancer sans guérir, et leur offre au contraire quelque chose de puissant, honnête et libérateur.
C’est cette même vérité émotionnelle qui remplit aujourd’hui les stades.
Le succès de Shakira en 2025 et maintenant en 2026 n’a rien d’un exercice de nostalgie. C’est une évolution bien vivante. Du choc viral de “BZRP Music Sessions # 53”, qui a pulvérisé les records de Spotify et YouTube, à sa performance surprise et historique à Times Square devant plus de 40 000 personnes, elle est devenue l’une des rares artistes capables de dominer à la fois la culture numérique et l’espace physique.
Et ce n’est pas tout.
Son passage au cinéma avec “Zoo”, le titre phare de Zootopia 2, ajoute une nouvelle dimension à son héritage en constante expansion. Avec plus de 500 millions d’écoutes et un film ayant généré plus de 1,7 milliard de dollars dans le monde, la chanson l’a de nouveau placée au centre de la pop culture mondiale, non pas comme invitée, mais comme force créative majeure aux côtés d’Ed Sheeran et Blake Slatkin.
Peu d’artistes, à quelque moment que ce soit de leur carrière, parviennent à naviguer avec autant d’aisance entre la musique latine, la pop mondiale, le cinéma, les tournées de stades et les plateformes numériques, tout en restant profondément eux-mêmes.
Voilà la véritable histoire.
Shakira n’est pas seulement l’artiste latine la plus écoutée de tous les temps. Elle n’est pas seulement une géante de YouTube ou une multi-lauréate des GRAMMY®. Elle incarne ce qui se produit lorsque l’art, l’authenticité et l’endurance se rencontrent.
À une époque où tant de musique semble jetable, son œuvre a toujours du poids. Elle raconte encore des histoires. Elle invite toujours les gens à partager quelque chose de commun.
La tournée Las Mujeres Ya No Lloran ne consiste pas seulement à battre des records. Elle parle de millions de personnes, à travers les continents, les langues et les générations, qui se retrouvent dans ses chansons.
Et c’est bien plus important que n’importe quel chiffre au box-office.
Alors qu’elle avance vers 2026, avec de nouvelles musiques à l’horizon et un monde toujours en train de chanter avec elle, une chose est claire : Shakira ne vit pas simplement un retour — elle définit ce que la longévité, la résilience et l’art mondial peuvent réellement signifier.
Et le monde l’écoute.

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